Finalement, les immeubles de la Sophienstrasse 28/29 (4 immeubles – le 5eme s’est écroulé sous une bombe) et quantité de garages dans la
cour) furent maintenus en mains privées, d’une part parce qu’un des propriétaires (Oma Trudchen) était de nationalité suisse (par mariage) et
donc plus difficile à exproprier et parce que Kurt von Känel et son cousin Horst Zotzmann ont fait des paiements depuis l’Ouest pour couvrir les
pertes tout au long des années jusqu’à la chute du mur. En effet, les revenus locatifs ne couvraient même pas les petites réparations telles qu’un
changement de robinetterie par exemple. C’était un système organisé de l’Allemagne de l’Est pour obliger les propriétaires restants à « donner »
leurs immeubles à l’Etat pour ne pas être étouffés par les dettes…
Le gouvernement Est-Allemand entendait notamment mettre la main sur les immeubles Zotzmann parce qu’ils étaient situés dans une rue du
centre-ville dont il voulait faire une « vitrine » du régime, sous « Denkmalschutz », c’est-à -dire protégé - l’immeuble du fond en particulier avait
un toit construit par un élève de Schinkel (architecte réputé). L’Etat voulait y installer une partie du ministère de la culture… Devant l’obstination
des propriétaires à ne pas céder (Gertrud von Känel, Horst, Herbert et Helene Zotzmann), le ministère concerné à refusé tous travaux d’entretien
et de rénovation par mesure de rétorsion, si bien qu’au moment de la chute du mur, l’immeuble du fond était quasiment en ruine et inhabitable.
Horst Zotzmann et Kurt von Känel ont pu récupérer passagèrement chacun un appartement dans les 2 immeubles de devant donnant sur la
Sophienstrasse (appartements laissés vides par les gens qui ont fui à l’Ouest à ce moment), mais dont nous avons très peu profité car la vente de
l’ensemble s’annonçait inévitable. Estimation pour la rénovation de l’ensemble : plus de 20 millions de DMark, -impossible à financer par des
privés - et encore avec le risque de voir les travaux bloqués pour des recherches archéologiques, car il y a des catacombes sous les garages ! Seul
August le savait, jusqu’au moment où Kurt et Horst, enfants, les ont découvert en jouant! Leur grand-père leur a fait promettre de ne rien dire Ã
personne. Mais le risque était grand que ce soit découvert durant les travaux.
L’ensemble a donc été vendu en 1991 par les héritiers pour la somme de 4,6 millions de DMark. Après déduction de frais d’avocat énormes,
notamment pour cause de recherches de documents et charge de preuve, de taxes et autres impôts exorbitants, Kurt von Känel a obtenu 1/3,
Horst 1/3, Herbert et les filles de son frère décédé, Marina et Petra se sont partagé le dernier tiers. La vente fut très difficile. Il a fallu prouver
que les immeubles étaient encore en mains privées: recherche d’anciens cadastres etc. L’Etat partait du principe que tous les immeubles de
Berlin-Est avaient été « étatisés » par le gouvernement Est-allemand. A charge des rares propriétaires subsistants de prouver le contraire. L’Etat
Est-allemand et ses « hauts dignitaires » ont d’ailleurs tout fait pour brouiller les pistes en faisant disparaître quantité de documents….
Concernant Glienicke, la résidence secondaire, les problèmes furent encore plus grands, parce que les « chefs » du régime avaient mis la main
sur cette région ( le Cologny de Berlin) et trafiqué le cadastre. La lutte fut longue et coûteuse, mais il a été possible de prouver qu’August
Zotzmann avait acheté cette propriété en 1930. Horst aurait voulu s’y construire une nouvelle maison mais cela a pris beaucoup trop de temps
pour déloger le type qui avait mis la main dessus. Le terrain fut finalement vendu (1500 m2) pour 950 000 DMark.
Après différentes péripéties, la propriété de la Sophienstrasse fut acquise par la fondation Schwarzkopf, qui avec de très gros moyens, a
magnifiquement restauré l’ensemble. La « fondation Schwarzkopf –jeune Europe » « Schwarzkopf-Stiftung junges Europa », qui œuvre pour la
paix et la compréhension entre jeunes en Europe, lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’extrémisme de droite, a réservé plusieurs
appartements pour étudiants dans les immeubles, aménagé des salles de séminaire et de conférences au-dessus des anciens garages, et loue
des échoppes pour des artisans créateurs dans ce que furent les garages. Le tout sans but lucratif.. In fine : nouvelle vie pour les immeubles
Zotzmann, et ce pour la bonne cause.